Les portes-dîner en Normandie

Les portes-dîner sont des récipients ouverts à anse supérieure, destinés, en règle générale, à recevoir un couvercle. Le rebord de l’ouverture pouvait être muni d’un bec verseur. L’anse pouvait être décentrée, le couvercle était muni d’un bouton de préhension qui lui aussi pouvait être décentré, ce couvercle pouvait, parfois, être conçu pour faire fonction d’assiette tel qu’on peut l’observer sur des portes-dîners d’Auvergne (10).
Ils servaient à apporter la nourriture aux domestiques et journaliers travaillant dans les champs. Ils pouvaient, également, servir au transport des liquides. Ces pots pouvaient avoir des usages multiples et variés en fonction des besoins des utilisateurs. Il n'est, par conséquent, pas surprenant de trouver de les portes-dîner sarthois sous l'appellation "pots à lait."

Ce sont des portes-dîner et non portes-déjeuner car, en Normandie, le dîner était le repas du midi. Ce qui précise l’usage du porte-dîner. On ne mangeait pas aux champs le soir, on rentrait pour le souper. BERTAUX et LEVESQUE 1993. (1) 

 

Le gohan ou cohan dans le Bessin et le Cotentin

Récipient assez haut, étroit et muni d’une anse supérieure décentrée, afin de rendre son utilisation plus aisé, à peu près en forme d’anse de panier. Le rebord de l’ouverture était muni d’un bec verseur peu accentué fait d’un coup de pousse du potier. Le couvercle, muni d’un bouton de préhension également décentré afin de pouvoir le poser et le saisir plus aisément

     

 gohan Mourot

Gohan de Néhou avec son couvercle au bouton de préhension décentré.

Photo Madame Anne BONNET (4)

 

 

 Porte-déjeuner-3

 

                                                                 Gohans de Néhou

 

 

Gohan Noron

 

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                                                              Gohan de Noron

 

 

La caudrette ou caôdrette dans le Bocage et le sud-ouest de la Normandie.

 

« La caudrette servait aux ouvriers de Vire pour porter la soupe le matin. Elle est, comme presque toute la poterie de Ger, de forme antique. Ailleurs on nomme cohan ce pot à anse sur le dessus. » BUTET-HAMEL 1925. (3)

 

Le catalogue Véron de Ger appelle le récipient à couvercle « pot à soupe », le distinguant du vase analogue mais de forme haute et de plus grande contenance appelé « caudrette ».

Les caudrettes, « pots à anse dessus », de par l’absence de bord rentrant, ne pouvaient pas recevoir de couvercles et elles avaient un petit bec verseur. Ce qui les prédestinait plus au transport des liquides qu’à un usage de porte-dîner. Les caudrettes se différencient des pots bouillons, « pots avec anse au côté », uniquement par le positionnement leurs anses.

 

Caudrette Véron

 

Véron pot a soupe

Catalogue VERON vers 1880. (2)

 

Ces pots à soupe étaient spécifiquement des portes-dîner. À noter qu'ils étaient fabriqués en 3 tailles. Ce sont les caudrettes dont nous parle Pierre BUTTET-HAMEL. (3)

 

Porte-déjeuner-9

Caudrettes de Ger 

 

Les porte-dîners du Pré d’Auge

Les portes-dîner du Pré d’Auge étaient de formes, l’une haute, l’autre basse, cette dernière beaucoup plus rare. La forme haute ovoïde, l’anse ronde ou en gouttière est placée au-dessus du récipient. La taille moyenne est de 20 cm environ, mais il en existe de très grandes dimensions, 40cm et 60 cm. Destinés à contenir et transporter des aliments, l’intérieur est toujours vernissé, les coulures extérieures n’ont qu’un caractère décoratif. L’origine de ce type de porte-dîner remonte à la fin du XVIIe siècle. La forme basse est une jatte surmontée d’une anse ronde, la lèvre présente un bord rentrant permettant la pose d’un couvercle. Les portes-dîner à deux compartiments, d’inégales dimensions munis d’une anse placée à la jonction, n’ont pas été fabriqués au Pré d’Auge. Ces poteries se rencontrent fréquemment dans l’Eure et l’Eure-et-Loir. Claude LEMAITRE 1982. (6)

  

Portes-diner collection LEMAITRE

                                                       Portes-dîner du Pré d’Auge (Collection Claude LEMAÏTRE)

Note : les anses rondes des pichets et portes-dîner du Pré d'Auge ont la particularité d'être creuses. Elles ont un petit trou à la base afin de ne pas éclater pas pendant la cuisson. (9)

 

 

 

 

pre_dauge 40

Page extraite du CD-Rom « Les céramiques du Pré d’Auge. 800 ans de production » Éditions Musée de Lisieux, 2004. (5)

 

 

Le porte-diner de la vallée de l’Eure ou « bergère » 

Portes-dîner à deux compartiments, nommés « bergère » à Brissard, d’inégales dimensions, ne disposant pas de becs verseurs, munis d’une anse placée à la jonction, avaient toujours des couvercles, à l’origine non vernissés. Ils n’ont pas été fabriqués au pré d’Auge. Ils étaient principalement fabriqués dans la vallée de l’Eure et à Brissard. Il en existait de tailles différentes allant d’un petit modèle pour les enfants au modèle familial pouvant contenir plus de 6 litres. Ils servaient à transporter les repas sur le lieu de travail, aux champs, à la vigne ou au marché. Les poteries de Brissard. Catherine ASSE et Samuel COLIN 2012. (7)

 

 Déjeuner de berger du XIXe,aussi dit porte-dîner

 

 

 Brissard - portes-déjeuner 

Photos Catherine ASSE-COLIN - Les Amis des Poteries de Brissard 

 

Portes-dîner de la Sarthe 

On pouvait les trouver dans l’Orne, aux alentours d’Alençon et d’Argentan.

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Porte-dîner de la Sarthe dénommé également pot à lait. Faïence à cul noir (extérieur vernissé au manganèse, intérieur émail stannifère blanc). (8)

 

 Pots à lait Bonnétable 

Pots à lait de Bonnétable. Potiers et Faïenciers de la Sarthe 2002 p. 93. photos de Gilles KERVELLA. (8)


 

 

Et pour terminer une utilisation remarquable d’un gohan : 

 

CPA Porteur d'eau bénite Manche 

Le porteur d’eau bénite de la Manche. CPA  

 

Sources et références 

(1)  De l’usuel à l’inutile. Poterie de Normandie XVIIe-XXe Siècles. Jean-Jacques BERTAUX et Jean-Marie LEVESQUE. édit. de l’Albaron, 1993, Musée de Normandie, Caen, 134p. 

(2)  Voir Poterie de Grès et Poterie Jaune. Briqueterie. Ancienne Maison Jacques VERON. Augustin VERON fils successeurs. Usines à Ger et à Brouains. Catalogue illustré de la fabrication d’un potier du XIXe siècle (dessin, nom, prix). Slnd, 1880. 

(3)  Glossaire du Patois du Bocage et du sud de la Normandie de BUTET-HAMEL dans Revue de l’Avranchin, 1925, tome 21 p. 107. 

(4)  Un artisanat disparu : Les potyis de Mourot. Marcel DELARUN.(St-Jacques-de-Néhou). dans Parlers et Traditions Populaires de Normandie, T. 14, Fasc. 56, St Jean 1982, pp. 127-133. / T. 15, Fasc. 57, St-Michel 1982, pp. 27-32. 

(5)  Les céramiques du Pré d’Auge. 800 ans de production. Pierre BRUNET, Daniel DUFOURNIER, Jean BERGERET, Denis THIRON, Claude LEMAITRE… Éditions Musée de Lisieux, 2004, 112 p + CD-Rom.

(6)  Les poteries du Pré d’Auge. Claude LEMAITRE. L’Estampille n° 141, janvier 1982, pp.31-39. 

(7)  Les potiers de la vallée de l’Eure. (La Haye-Malherbe, Infreville, Brissard, Heudebouville, Chatel-la-Lune et Armentières-sur-Avre) dans Céramique(s) de Haute-Normandie aux 18e et 19e siècles. Catherine ASSE, Jean CARTIER, Samuel COLLIN, Françoise DOUAIS, Patrick DOUAIS, Mylène Doré, Françoise GUILLUY, Didier HÉBERT, Thérèse-Marie HÉBERT, Alain JOUBERT, Caroline LOUET. Catalogue de l’exposition du Musée des Traditions et Arts Normands - Château de Martainville., avril 2012  - janvier 2013, 60p . 

(8)  Potiers et Faïenciers de la Sarthe.  L. COMBES-MESIERE, G. GALBRUN-CHOUTEAU. Édit. de la Reinette, Le Mans, 2002, 350p. 

(9)  Terres vernissées et grès de France du XIVe au XXe siècle. Claude LEMAITRE, Roger VERDIER. 1984. p. 143 et 146.

(10) Poteries et Terres d’Auvergne, du Ier au XXe siècle. Claude LEMAITRE et Roger VERDIER, 1995, 2ème partie - Chapitre XIV - Les porte-dîner, pp. 196-197.